Avec la disparition de Philippe Delevingne le 12 novembre 2004 (cf. Chorus 50, p. 176), on a pu craindre l’extinction totale du Procédé Guimard Delaunay. Mais l’amour fou ne meurt jamais : telle est la leçon que donne Nelly Mella en remontant sur les planches.
Le nouveau tour de chant de Nelly Mella, du Procédé Guimard Delaunay, s’intitule Les Signes. Il est, tout entier, placé sous le signe de la disparition de Philippe Delevingne, l’autre moitié du Procédé. « Ce n’est pas glauque du tout, prévient Nelly. C’est puissant, c’est de la poésie chantée. Tout m’est venu dans les jours qui ont suivi le départ de Philippe. Nous étions un couple fusionnel. J’ai vu précisément où il en était des étapes de son voyage, pendant quinze jours, jusqu’au moment où je n’ai plus perçu de signes. Tout cela, je l’ai écrit. Cela m’a aidée à rester en vie… »
Dans ce tour de chant, on ne retrouvera, comme anciens titres, que Orlando, Aladin et À ceux qui sont loin : « Orlando, c’était la première fois que Philippe et moi étions confrontés à la mort. Celle de notre petit chien, à qui nous étions terriblement attachés. Depuis, nous avons complètement changé, en allant sur un chemin que nous étions en train de faire, sur les liens incarnés et désincarnés entre des personnes qui s’aiment. Et la mort n’y peut rien. « Mort, tu n’as pas eu ta victoire ! » : c’est aussi ça que j’ai envie de dire aux gens… » L’un des nouveaux cris que l’on pourra entendre s’intitule Les Veuves : « Il a été écrit à la suite d’un coup de fil des ASSEDIC demandant à parler à « Madame Veuve Delevingne ». Je n’ai d’abord pas compris… Cette chanson parle de tout ce qu’on peut entendre dans ce genre de circonstances. Comme le mot « courage », qui est une sorte de porte de prison qui se ferme. » On entendra aussi Avec reconnaissance, « une chanson que m’a dictée Philippe sur la cérémonie de ses obsèques », ainsi que Entre chien et loup et Le 20 juillet 2004, « deux textes de Philippe, où, déjà, il est ailleurs »…
Ces mémoires d’outre-tombe seront accompagnées par de nombreux membres de l’ancien Procédé Guimard Delaunay : Jean Macheret au violon et à la guitare, Serge Salibur à la basse, Éric Hervé à la batterie, auxquels il faut ajouter Alexandre Destrez aux synthétiseurs… L’avant-première aura lieu le 4 octobre 2005 à La Clé, à St-Germain-en-Laye, la première le 10 décembre à la salle Jean-Vilar de Marly-le-Roi (« là où nous avons fait notre tout premier et notre tout dernier concert »). Puis, le 16 décembre, à l’Espace Maurice-Béjart de Verneuil-sur-Seine. Enfin, du 11 au 13 janvier 2006, à la salle Georges-Brassens de Mantes-la-Jolie et, le 28 mars, à St-Cyr-l’Ecole, au théâtre Gérard-Philipe… « Les choses puissantes peuvent faire peur aux gens, conclut Nelly. Je m’en fous. Je suis libre de faire du beau. Et je pense qu’il y a en face de moi des personnes qui veulent recevoir du beau. »