L'HISTOIRE DU PROCEDE RACONTEE PAR YVES FREMION !

L'aventure a commencé au lycée. Le jeune Philippe (Fifi) Delevingne faisait déjà le mur pour retrouver la jolie Nelly Mella que, depuis, il n'a plus quitté et lycée de Versailles. Car, vous l'avez compris, c'était au lycée de St-Germain en Laye.

De fil en aiguille, cela va déboucher sur la musique, car que voulez-vous qu'un jouvenceau ardent et une douce donzelle puissent faire d'autre ensemble qu'un orchestre ? Déjà, encore lycéens, Nelly joue du hard-rock avec Gotha, tandis que Fifi chante et gratouille des cordes avec Chorus Débile. Le hasard a conduit l'un à venir écouter l'autre et lycée de Chatou. Déjà, ils se trouvent bons mutuellement. Ils se rencontrent enfin : SPLASH !

Du firmament un éclair a jailli, en forme de baïonnette (c'est ça qu'on appelle coude-foudre), et illuminé leur destin. Ils jouent ensemble jusqu'à ce que leur groupe prenne son nom, vers 1977. Ni l'un ni l'autre n'ont jamais voulu expliquer ce nom dont la prononciation seule a découragé disc-jockeys, présentateurs de radio, animateurs TV, journalistes non-spécialisés, producteurs et autres analphabètes notoires.

Mais le Procédé Guimard-Delaunay a vécu sa vie, malgré les suggestions de changements subtils : "Le Procédé suffirait" suggéraient les pros ; "Pour avoir des subventions de la Mairie de Paris, Guimard-Delanoë serait plus opportun" constataient les Socialistes ; "P.G.D. est bien plus court" assuraient les P.-D.G. des maisons de disques ; quant à ceux qui pensaient qu'un tandem était invendable en une époque où seules les filles canons peuvent réussir, ils préféraient carrément "Nelly Kpter" ou "mella Moi". Mais insensibles aux sirènes de la médiocrité, Fifi et Nelly poursuivirent contre Van Zémarey leur œuvre de salubrité publique.

Dès lors, le groupe connaîtra des fortunes diverses, des formules variées et un personnel flottant, mais toujours avec nos deux lascars au centre : Fifi à la guitare dont il devient vite un virtuose, et Nelly aux claviers dont elle sera mieux qu'un Christian. On y verra passer des fidèles comme José Lopez, qui ne sert à rien d'autre qu'a être José Lopez, comme il le fit si bien à la radio ou dans ses chroniques de la Gazette de Fluide Glacial ; on y verra aussi causer et vaguement chanter Robert Le Haineux (Michel Fiszbin), à peine issu des premières radios libres et pas encore tombé dans les TV alternatives (il dirige aujourd'hui Zaléa-TV) ; on y verra jouer Magouille, qui reprendra bientôt son vrai nom de Camille Saféris pour entamer en solo une carrière d'humoriste multimédias, Monsieur Bubur, grand bassiste, sera là souvent, mais on peut citer des musiciens comme Pierre Olivier Govin (aujourd'hui à l'O.N.J.) qui fit leurs premières affiches et pochettes, Didier Thibault (qui jouait aussi de la basse chez Gong ou Moving Gelatine Plate), Anton Yakovleff (violoncelle, neurologue par ailleurs), Carolin Petit (claviers, spécialiste des jingles), Arnaud Devos (percussions), Philippe Heidel, Dominique Bertram et de nombreux autres. Il arrive à P.G.D. d'être jusqu'à 35 sur scène si l'envie leur en prend. Un groupe vocal comme Catimini ou une chorale comme la Lyriade ont joué avec eux sur certains morceaux. Et s'ils sont seuls tous les deux, la vidéo n'est pas faite pour les chiens.

Leur musique ne ressemble à aucune autre, elle peut utiliser tous les genres, les mêler, les brutaliser, les nier. Si l'ensemble reste assez rock, le délire est toujours au rendez-vous, l'audace au cœur et le changement sert à huiler le tout. Zappa les aurait aimés c'est sûr.

Par ailleurs, ils ont toujours été comédiens et Fifi, metteur en scène de théâtre. Le département des Yvelines, centre de leurs forfaits, résonne souvent de comédies musicales que P.G.D. affectionne : mettre Molière en musique est un plaisir fidèle à la tradition ; il y avait en effet toujours de la musique dans les spectacles de cette époque. La fantaisie du tandem en rajoute. Il faut avoir vu récemment Fifi jouer les "Précieuses Ridicules" en après-ski pour saisir que folie et fidélité à l'auteur vont bien de pair.

Radio et TV ont aussi bénéficié de leur délires. "Enfoirés !" était le titre de leur émission sur la Voix du Lézard. Amis de J.-M. Ribes, ils seront des piliers de "Merci Bernard" en 1982-83, dont ils ont notamment conçu la musique. Ils sont présents aux débuts des "Guignols de l'Info". Ils écrivent aussi. Ils sont complets, comme le rire du même nom.

Leur discographie commence avec un 45 t en 1979, "Le camping du soleil". Leus albums suivants (30 cm, puis CD) s'appellent "Le premier disque carré", "C'est nouveau , ça vient de sortir", "Album de famille", "Mariage", "Ouaf !", "Devinea et récemment "Inné". Il leur arrive de reprendre des classiques du rock (Doors, Hendrix, Queen) ou de glisser dans leurs musiques des extraits de classiques du théâtre (Molière, Hugo) du plus bel effet. Dans "Devinea", Nelly offre des versions sublimes de deux textes en araméen ancien – rien d'autre que les deux prières de base du christianisme dans leur version d'origine. De la blague de potache à l'oratorio sentimental, de la balade impressionniste au rock fort, leur palette est tellement variée, que seule une vision d'ensemble permet de l'appréhender dans sa cohérence.

FREMION (Dessinateur, éditeur du recueil des textes du P.G.D. "Bis" paru aux Editions du Tayrac")